Comment passer à côté de l’IA ? Depuis plus de deux ans, tout ce qui se vend a gagné deux lettres : IA. Le logiciel de caisse est « boosté à l’IA », l’agence propose du « contenu IA », votre banque a un « assistant intelligent » (à l’intelligence variable par ailleurs). Les noms des applications contiennent AI, telle une promesse de qualité. Pas de doute, l’IA enflamme nos amis marketeux. Mais derrière ces deux lettres, au fond, qu’est-ce qui se cache vraiment ? Sommes-nous si proches de Skynet ? Est-ce de la magie ?

Un mot-valise, des réalités très différentes

On pourrait penser que l’intelligence artificielle est récente, mais en vérité, elle n’est pas née en 2022 avec ChatGPT et consorts : votre boîte mail trie le spam avec, votre GPS recalcule avec, et les recommandations qui vous connaissent un peu trop bien sur les réseaux, c’est encore elle. Ce qui a changé par contre, c’est l’arrivée du grand public dans l’IA générative : des outils qui produisent du texte, des images (coucou les petits chats qui jouent du banjo) ou du son (voire des chansons complètes) ressemblant à ce qu’un humain aurait produit. Mot clef, « ressemblant ». Pour le grand public, cinq grands noms dominent : ChatGPT, Claude, Gemini, Mistral et Grok. Quand on vous parle d’« IA » aujourd’hui, c’est généralement nos suspects usuels. Et ça tombe bien, ce sera sur eux que nous nous concentrerons dans cette série d’articles.

« - Tu es un magicien, ChatGPT ! - Je suis un quoi ? »

Eh non, ce n’est pas de la magie. En vérité, un assistant de ce type (le terme technique est LLM, soit grand modèle de langage en bon vieux français) a été entraîné sur une quantité gargantuesque de textes et données. Il en a retenu les régularités : après tels mots, dans tel contexte, viennent probablement tels autres. Quand vous lui posez une question, il ne consulte pas une base de données pour construire sa réponse mot à mot : il fabrique, morceaux de mots après morceaux de mots, la suite la plus plausible. Voyez cela comme un assemblage de petites briques. Le résultat paraît souvent juste, parce que le plausible et le vrai se recouvrent la plupart du temps. La nuance tient dans « la plupart du temps ». On en reparlera dans un autre article. Entendons-nous bien : le plausible rend de vrais services, à condition d’en vérifier la teneur en données correctes. Je n’insisterai jamais assez sur ce point.

Cette mécanique explique la signature de ces outils : l’aplomb. Oh, quel aplomb dans leurs réponses ! C’est un biais prévisible ceci dit ; un assistant trop en confiance ne sait pas qu’il ne sait pas (ironique quand on y pense). Une date inventée, une source imaginaire ou un chiffre faux sortiront avec la même assurance tranquille qu’une information exacte. On appelle ça une hallucination, et elle fait partie du fonctionnement normal : l’outil produit du plausible, le vrai n’est pas dans son cahier des charges réel. C’est une nuance extrêmement importante à garder en tête, surtout si l’on croise cet effet à la volonté des LLM de « faire plaisir » au requêteur ; il aura tendance à prendre en compte ce que vous souhaiteriez entendre, plus que la réalité absolue. Voyez ça comme un travers d’élevage : on l’a dressé à plaire, il plaira, même aux dépens des réalités factuelles. Ça fonctionne particulièrement bien pour vous faire sentir absolument divin. Sous-optimal pour continuer de passer les portes sans avoir la tête gonflée, et surtout, peu efficace sur le plan pragmatique.

Note : les outils évoluent vite, et certains vont désormais chercher sur le web avant de répondre, sources à l’appui. C’est un vrai progrès. Le réflexe reste le même : ce qui compte dans votre requête à un LLM DOIT se vérifier par un humain, en cliquant sur les sources ou en croisant les réponses.

Pourquoi tout le monde en met partout, à toutes les sauces, jusqu’à l’indigestion

« IA » est devenu ce que « digital » et « premium » ont été dans les devis pendant des années : un mot qui fait sérieux et qui justifie un prix plus élevé. Pour autant, un logiciel qui trie vos factures ne les triera pas mieux parce que sa fiche produit affiche IA. Pareillement, dans certains cas, utiliser de l’IA quand un simple script serait suffisant est un peu absurde, mais vendeur. Après tout, pourquoi ne pas allumer une bougie avec un lance-flamme ? La question à se poser ne change jamais : qu’est-ce que l’IA fait concrètement dans ce produit, que la version d’avant ne faisait pas ? Si la réponse est floue, ou complètement nulle, je vous laisse tirer la conclusion quant à la pertinence de l’usage d’IA dans le projet.

Derrière les deux lettres magiques et tendance du moment, on trouve un outil qui produit du « potentiellement vrai » avec une précision variable, à très grande vitesse.

La suite logique : ce que ces assistants font très bien, et ce qu’ils ratent encore. Les usages qui servent vraiment dans une TPE et les pièges typiques arrivent dans les prochains articles de la rubrique. Et quand un mot d’IA vous échappe en rendez-vous, n’hésitez pas à dégainer le Lexique pour traduire à la volée.